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Publié par Commune de Gourdon-Murat

Cérémonie à la stèle des fusillés de l'Echameil

Jeudi 6 avril 2023

Émouvante cérémonie à la stèle des fusillés de L’Echameil du 06 avril 1944 sur la commune de BUGEAT .

En présence du Vice-président du Conseil Départemental Christophe PETIT, du Maire de BUGEAT Jean-Yves URBAIN, des Conseillers Municipaux, des représentants de l’ANACR (Jacques Chastagnol, Denise Bredimus, Pierre Lagnitre, Maryse Besse, Danielle et François Terracol, Dany Clemenceau et Bernard Bouche) et de la population. (excusé Mr Garais maire de Gourdon-Murat retenu à une autre réunion)

Mr Urbain retrace les terribles instants de cette journée sanglante.

"A Bugeat, au hameau de l'Echameil, le jeudi 6 avril 1944, il est un peu plus de 8 h 30. Les Allemands arrivent chez Mme Lavieille, accompagnés du maire de Bugeat qu'ils ont réquisitionné. Un officier et cinq soldats entrent et c'est le dialogue impitoyable habituel ;

"Où est le mari ? Où est le fils ?...
Maquis ?... Terroriste... Assassin." Mme Lavieille se défend comme elle peut... Menaces... " Si vous pas dire la vérité, nous mettre feu partout !"
Perquisition et pillage, ils ne trouvent pas d'armes, ils en sont fâchés...
"Sortez !" Mme Lavieille rejoint le maire près des camions.
"Maire, maison Vacher ?.."." Je ne connais" ... "Si, maison neuve" Ils entrent mais là ils sont plus expéditifs.Ils parcourent rapidement la maison.
Puis:"Sortez, prenez vos vêtements" Mr et Mme Vacher (leur fils est au maquis) sortent et rejoignent le camion. les Allemands sortent de la maison tout ce qui les intéresse et tout à coup, la fumée s'élève et l'habitation s'écroule dans les flammes....
"La maison ce n'est rien" observe Mr Vacher,"qui sait ce qui nous attend, ma pauvre femme".... sombre pressentiment qui ne le trompait pas.
La maison écroulée, les Allemands regroupés, Mme Lavieille est libérée. Mme et Mr Vacher doivent prendre place dans le camion. "Mutilé, devant !", c'est Mr Vacher qui a perdu une jambe au cours de la guerre de 14-18. Et le camion s'ébranle, il n'ira pas loin, jusqu'au petit étang avant le village.
Mais pendant ce temps les autres Allemands n'ont pas perdu leur temps. Ils ont rassemblé les autres hommes restés au village : Gourinal Antoine, 56 ans,Nauche Antoine 57 ans et  Gane Léon, 43 ans. Et à ce moment intervient l'affiche, une affiche comme les maquis en ont posé partout pour essayer de protéger la population des trafiquants de marché noir. Un Allemand, un des rares Allemands qui ait droit à notre indulgence, a demandé de l'eau à Mme Gourinal, il a soigneusement décollé l'affiche et l'a glissée derrière le bac de la pompe, mais un autre Allemand l'en a ressortie et l'a présentée au chef. Le chef interpelle les trois hommes. C'est à Gourinal qu'il la présente d'abord."Lisez!". "Je ne sais pas lire" (c'est vrai).
A Nauche : "Je n'ai pas mes lunettes et je ne peux pas lire sans elles"(c'est vrai). A Gane il se détourne sans répondre.
Alors les Allemands sont furieux. On se moque d'eux. " Terroristes,
assassins, dans le camion." Et les trois hommes rejoignent Mme et Mr Vacher.
Première étape, la mairie de Bugeat, Mme Vacher est séparée des hommes.
Deuxième étape, la mort.
Peu de temps après son arrivée à la mairie, le camion repart avec quatre hommes, quatre hommes qui devinent ce que l'on va faire d'eux, quatre hommes plein de courage, qui ne frémissent pas devant leurs bourreaux.
Quelques centaines de mètres . Arrêt. A travers prés, un ou deux mètres encore, et à peine cachés de la route, froidement, calmement, les Allemands tuent les Français, des patriotes:

Léon Gane, Antoine Gourinal, Antoine Nauche et Henri Vacher.
De Bugeat à l'Echameil, on a entendu les détonations et tous les habitants intimement rendent hommage à ces quatre nouveaux martyrs.
Le lendemain les Allemands sont retournés à l'Echameil chercher la farine qu'ils avaient si bien protégée du feu, mais les gars du maquis les avaient devancés. Les Allemands se sont donc vengés sur ce qu'ils trouvaient : la vaisselle, de l'argent, du savon etc. que Mme Lavieille avait dissimulé dans son four à pain de peur du retour offensif des pillards ; ils ont encore soutiré quelques vivres aux femmes éplorées, à qui ils eurent l'audace de demander
la cause de leurs larmes.
Quand à Mme Vacher, elle fut emmenée avec les Juifs de Bugeat, qu'une autre "équipe de nettoyage" avait rassemblés. Mme Vacher fut emprisonnée à Limoges, les Juifs furent déportés, moins un, Mr Rozent fusillé en route à l'Eglise aux bois."

Cérémonie à la stèle des fusillés de l'Echameil
Cérémonie à la stèle des fusillés de l'Echameil
Cérémonie à la stèle des fusillés de l'Echameil
Cérémonie à la stèle des fusillés de l'Echameil

Pour l'ANACR, Danielle Clemenceau prenait la parole :

Les fusillés de l'Echameil  6 avril 1944 - 6 avril 2023 (79 ans )
Depuis le 6 avril dernier notre peine est toujours aussi grande aujourd'hui de nous retrouver ici , dignes et recueillis en mémoire des victimes du village de l'Echameil.
Après des mois de tensions diplomatiques, l'Ukraine a été envahie par la Russie le 24 février 2022. Une agression militaire unilatérale décidée par Vladimir Poutine et condamnée par l'Assemblée générale des Nations unies. Face à l'échec d'une invasion qui se voulait expéditive, l'Ukraine résiste avec le soutien des Etats-Unis et l'Union européenne, qui n'ont cessé d'augmenter leurs livraisons d'armes à Kyiv. Un conflit qui s'enracine autour de lignes de front qui vont de l'est au sud du pays, de villes martyrs dont certaines ont été reconquises après des mois d'occupation russe, et de l'approvisionnement de matières premières et d'énergie devenues de véritables armes diplomatiques.
Et comme un écho , faisant référence à la première guerre mondiale, on parle de Barkmount comme du Verdun ukrainien, ou encore en référence à la seconde guerre mondiale, le village martyr de Boutcha comme Oradour sur Glane.
 C'est terrible de voir que toutes ces horreurs recommencent.Tout doit être fait pour le retour à la paix.
Ce coin de terre limousine a souffert durant les années sombres, tragiques de la seconde guerre mondiale et a payé un lourd tribut. Cette terre de Haute Corrèze a été celle de la Résistance. Cette Résistance, pour chasser hors de France une armée étrangère barbare, a été multiple, active, déterminante sur le Plateau de Millevaches. Ses acteurs, de sensibilités politiques, philosophiques et de croyances diverses, à l'image de la population, se sont côtoyés et souvent unis dans les combats. 
Ces hommes et ces femmes, qu'ils soient morts les armes à la main, assassinés froidement ou encore exécutés pour leur refus de parler, de dénoncer les maquisards ou des juifs; qu'ils aient été fusillés seulement  pour l'exemple, mais aussi morts en déportation : ils et elles méritent de ne pas être oubliés. Aujourd'hui, nous sommes là pour ces victimes, avec leurs familles, leurs amis, demain, plus tard, d'autres devront être ces passeurs de leur mémoire. Le renforcement de notre association ANACR est une nécessité, si nous voulons poursuivre cette tâche mémorielle.
Oui, aujourd'hui nous sommes rassemblés pour que personne n'oublie ce que la barbarie nazie a fait dans le village de  l'Echameil le 6 avril 1944.
Les Allemands ont investi ce village à la recherche de résistants, qualifiés de terroristes. Henri Vacher, un ancien combattant de la première guerre et son épouse seront immédiatement arrêtés, leur maison saccagée sera incendiée. Les autres hommes du village seront à leur tour emmenés à la mairie de Bugeat pour y être interrogés sans ménagement. Personne ne parlera. 
En fin de journée les quatre hommes Léon Gane (43 ans), Antoine Gourinal (44 ans), Antoine Nauche (56 ans) et Henri Vacher seront abattus froidement dans cette petite clairière. Mme Vacher ira rejoindre les 11 juifs arrêtés dans Bugeat, direction Limoges où elle sera détenue pendant 3 mois.
Cette année 1944 sera terrible pour notre canton : aux Bois de la Vergne, dans ceux des Bordes, à Marcy, d'autres hommes tomberont, trop de vies seront prises. L'idéologie totalitaire et fanatique de l'Allemagne hitlérienne sévira sans retenue. Ce même jour 6 avril 1944, tandis qu'à Tarnac 4 juifs seront exécutés, ceux de la rafle de à Bugeat  connaîtront la déportation, l'un d'eux, Chaïm Rozent sera même fusillé à la sortie de Lacelle, il était le commis du coiffeur Joseph Borie. 
Une journée du 6 avril sanglante qui marquera à jamais les esprits. 
Mais faut-il rappeler que Hitler a entrepris sa marche vers le pouvoir dictatorial, au lendemain d'une crise partie des Etats Unis, celle de 1929 qui a produit un chômage massif et une crise morale, source d'une détresse qui a rendu réceptive la population de ce pays au racisme, à la xénophobie, à l'ultranationalisme, comme si ces concepts étaient de nature à régler les problèmes, hier comme aujourd'hui.
Cette année 2023 est marquée par des luttes sociales  et environnementales de grandes ampleurs.  A l’ANACR, nous sommes porteurs des valeurs humanistes et démocratiques de la Résistance. Cela nous confère donc des responsabilités. Nous devons être attentifs au respect de ces valeurs et être très vigilants quant à leur remise en cause, par quelque parti ou organisation que ce soit, des valeurs et des acquis du programme du Conseil National de la Résistance, unie derrière ses fondateurs Jean Moulin et le général de Gaulle. 
Soyons donc vigilants en mémoire de ces hommes et ces femmes du village de l'Echameil et faisons en sorte que leur mort n'ait pas été vaine. Que toutes les guerres, y compris religieuses ou économiques soient bannies à jamais. Oui, que la paix entre les peuples soit la priorité de tous nos dirigeants en France, en Europe et dans le monde et en particulier en Ukraine.


"Les souvenirs sont nos forces. Ne laissons jamais s’effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaie de revenir, il faut rallumer les grandes dates comme des flambeaux. "
Victor HUGO


 

Cérémonie à la stèle des fusillés de l'Echameil
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