Le cueilleur de cèpes et les grues cendrées
Le cueilleur de cèpes et les grues cendrées
Un matin d'automne, tenté par la lune propice,
L'homme se mit en quêtes de cèpes, ses délices.
Ses coins les plus secrets ayant été découverts,
Il risqua une avancée de l'autre côté du Riovert,
En vue d'y prendre sa revanche sur la concurrence.
Lors, dans un bosquet de trois hêtres et six genévriers,
Auquel ne menait ni chemin, ni piste, ni sentier,
Il avait un rendez-vous mémorable avec la chance.
Drue comme jonquilles en avril dans les prés de Pérols,
L'attendait une jonchée de cèpes gardée par vingt girolles
Qui serait à jamais la plus belle de ses cueillettes.
La joie de son chien fidèle ajoutait encore à la fête
Quand, en prime, le ciel résonna d'un vol de grues cendrées
Dont le passage n'est pas célébré autant qu'il le faudrait,
Car depuis toujours, il rythme deux fois l'an les saisons
Et fait lever les yeux vers la Nature en manque d'oraison.
Ce vol, c'était le temps qui passe avec ses sonnailles
Pour inviter à l'arrêter avant qu'il ne s'en aille.
Aussi le cueilleur de cèpes comprit-il à ce spectacle
Qu'il vivait des instants d'harmonie tenant du miracle,
Comptant parmi les plus riches qu'il vivrait jusqu'à son dernier soir
Car, pour une fois, la réalité dépassait ses rêves et ses espoirs.
Avoir conscience d'être heureux au moment où l'on est heureux
Est un privilège dont les titulaires ne sont pas si nombreux
Car il dépend peut-être d'aptitudes spéciales
À observer le ciel, la nature, l'animal
Et à deviner sous les feuilles les nids de champignons
Avant que les grues cendrées ne disparaissent à l'horizon…
Jean-Pierre Marguénaud
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